Archives mensuelles : décembre 2019

Paracha Vayéchev

La semaine dernière dans la paracha Vayichlah nous avons lu l’histoire de Dina. Seule fille de Jacob, dès l’arrivée et l’installation près de la ville de Chkhèm elle est kidnappée, violentée et violée. Puis son bourreau, amoureux d’elle, décide de demander sa main à sa famille. Après une ruse imaginée par les frères, ce sera l’occasion d’un massacre et de l’anéantissement total de la ville.
Cette semaine dans Vayéchev nous lisons l’histoire de Tamar. Mariée au premier fils de Yéhouda, qui décède, puis au second, qui meure aussi, cette jeune veuve sans enfant attend patiemment d’être mariée au troisième, comme le veut la coutume et la loi de l’époque. Face au refus de son beau-père, elle use d’un stratagème pour obtenir justice. Se faisant passer pour une prostituée, elle tombe enceinte de Yéhouda lui-même, qui face aux preuves ne peut que reconnaître son tort, la sortir –littéralement- du bûcher, et reconnaître ses enfants.
Qu’ont en commun ces deux femmes ? La première ne parle ni n’intervient, et son corps est l’objet et le sujet de la violence masculine. La seconde subit aussi une violence, mais moins physique que morale et sociale, puisqu’on la condamne au célibat et à la stérilité. A la passivité de l’une répond l’action de l’autre, qui utilise avec astuce son corps et sa connaissance des mœurs de l’époque pour faire valoir son droit.
Dina est la descendante directe des patriarches Abraham, Isaac et Jacob, et son nom évoque la mesure de justice dans ce qu’elle a de rigoureux et sévère (Din). Tamar est une cananéenne dont le nom évoque un fruit doux, savoureux et généreux (la date). Des deux femmes, celle qui sera l’ancêtre du roi David (et du Messie) n’est pas celle dont la lignée est « pure ». C’est celle qui aura su surmonter ses malheurs et ses handicaps par son intelligence et sa vivacité, et atteindre son but malgré tous les obstacles.
Une fois de plus, la Torah nous offre une variation du thème qui revient à chaque génération : le mérite ne s’attribue pas à la naissance, il s’acquiert par les actes.
Chabbat Chalom
Rabbin David Touboul

Rencontre annuelle d’amitié et de partage entre juifs et chrétiens

Conférence à deux voix :

La circoncision du cœur et la nouvelle alliance

  • Madame Monique Lise Cohen, chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres
    (Jérémie 31, 31-34)
  • Fr Edouard Divry o. p.
    (Romains 2, 29)
  • Jeudi 16 janvier 2020 à 20:30 Salle Albert le Grand
    Couvent des Dominicains (route des Maraîchers)
    1 Impasse H.-D. Lacordaire
    31400 Toulouse
    tél. 05 62 17 31 63

Paracha Vayétsé

יְהִי כַּאֲשֶׁר רָאָה יַעֲקֹב אֶת-רָחֵל, בַּת-לָבָן אֲחִי אִמּוֹ, וְאֶת-צֹאן לָבָן, אֲחִי אִמּוֹ; וַיִּגַּשׁ יַעֲקֹב, וַיָּגֶל אֶת-הָאֶבֶן מֵעַל פִּי הַבְּאֵר, וַיַּשְׁקְ, אֶת-צֹאן לָבָן אֲחִי אִמּוֹ

« Lorsque Jacob vit Rachel, fille de Laban, frère de sa mère et les brebis de ce dernier, il s’avança, fit glisser la pierre de dessus la margelle du puits et fit boire les brebis de Laban, frère de sa mère. »
Ce jeune homme que la Torah nous avait décrit comme « un homme simple, habitué à rester assis dans les tentes » vient de subir une poussée d’adrénaline et de réaliser un exploit physique extraordinaire. Alors que plusieurs bergers réunis suffisaient à peine, en unissant leurs forces, à ouvrir ce puit, Yaakov y parvient seul et apparemment… sans effort.
On est saisi par le contraste entre ce jeune homme frêle, timide, effacé, rêveur, et sa démonstration de force brutale et spontanée.
Est-ce dû au coup de foudre à la vue de Rachel ?
Assiste-t-on à une antique « technique de drague » dans laquelle le jeune homme montre ses muscles pour séduire la jeune femme ?
Ou bien faut-il avoir du passage une lecture symbolique, le puits d’eau étant un symbole féminin par excellence ? La nature de Rachel étant d’être stérile, c’est la force de Yaakov qui lui permettra de se délivrer de cet état. La métaphore de la pierre qui bloque l’accès au puits serait un moyen d’annoncer ce dénouement final.
Chacune de ces suppositions peut être vraie. Comme peut l’être celle du midrach cité par Rachi, selon laquelle Yaakov possédait véritablement une force herculéenne, mais n’en avait jamais fait usage jusqu’à présent.
Mais au fond, quelle importance ? Peu importe d’où vient la force que nous trouvons en nous dans les moments critiques pour surmonter les obstacles ou faire face à des situations imprévues ! Qu’elle soit le résultat d’un mouvement spontané ou d’un long entrainement, consciemment ou inconsciemment, on est toujours beaucoup plus fort qu’on ne le croit. On le réalise, avec surprise et incrédulité, une fois l’épreuve surmontée.
 Chabbat Chalom

Parachat Toledot

En prenant soin de ne pas oublier une des caractéristiques essentielles de l’identité juive – l’humour – on pourrait dire que la Torah dans la paracha Toledot invente le diagnostic prénatal.
A une inquiétude bien légitime (son ventre bouge et remue violemment), Rebecca se voit répondre qu’elle n’attend pas un enfant ni deux, mais deux nations dont le destin est d’être concurrentes.
Les deux jumeaux se battent pour sortir premier du ventre de leur mère : le premier sera « Essav » du verbe faire/agir. Le second, tenant dans sa main le talon de son frère, sera « Yaakov », du mot Talon, mais aussi du verbe suivre, contourner, être tortueux, sinueux.
Essav est décrit comme un homme poilu et roux, attiré par la couleur rouge, le rouge du sang. C’est un chasseur, sportif, athlétique, fort, brutal, épais, impulsif, entier.
Yaakov lui, est un homme « simple » (Tam) qui préfère rester dans les tentes. Mais qui s’avère rapidement jaloux, calculateur et manipulateur.
Voilà. Les personnages sont présentés, et l’histoire peut commencer.
Mais lisez bien la suite. Contrairement à une conception répandue, les personnages vont s’employer… à ne pas ressembler à leurs caractéristiques de départ ! Esaü va apprendre à dominer son impulsivité et sa violence. Jacob, après bien des péripéties, va changer de nom pour devenir droit (Yachar El, qui donne Israël). Et ainsi chacun va illustrer par son exemple personnel ce que la Torah cherche à nous enseigner : quels que soient les déterminismes de la naissance, du milieu ou de la génétique, personne n’est condamné à jouer le même personnage toute sa vie !
Nous naissons tous inégaux et différents les uns des autres. Notre devoir n’est pas de nous cantonner au rôle que d’autres ont déterminé pour nous, et encore mois de poursuivre des luttes, des combats ou des guerres que d’autres ont commencé avant nous. Notre devoir est simplement de tenter sans relâche de nous dominer pour nous améliorer, et ainsi de contribuer à l’amélioration du monde.

Chabbat Chalom Rabbin David Touboul