Behar Behoukotai – Lévitique 25:1 / 26:2

BEHAR

Behar et Bekhoukoyaï, qui sont des parachiot groupées les années où nous ne redoublons pas le mois d’Adar sont les 2 dernières parachiot du lévitique, un livre très spécifique dans la Torah car il est composé de Houkim (divins).

Comment commence cette parachah ?

Par VAYDABER ADONAI EL MOSHE BEHAR SINAI LEMOR DABER EL BENE ISRAEL : l’Eternel parla ainsi à Moïse au mont Sinaï : vas dire aux enfants d’Israël. Plusieurs parachiot commencent ainsi mais sans la précision du lieu, qui doit donc avoir son importance.

Elle a déjà le mérite de nous rappeler la situation : l’Éternel s’adresse à un Moïse isolé tandis que les Hébreux attendent en bas. Or livrés à eux-mêmes ils ont déjà commis la faute du Veau d’Or. On pourrait supposer que seuls des commandements destinés au désert soient donnés afin de gagner du temps. Mais il n’en ait rien. Dans Behar Achem délivre  avec la Chmita et le Yovel des commandements qui ne prendront effet qu’une fois les Hébreux entrés en Eretz Israël, soit 40 ans après. Et tous les hommes adultes auront péri dans le désert après la faute des explorateurs, donc ils ne verront même pas l’application de ces lois.

Il est vrai que Achem, si l’ont peut dire, prend son temps. Ainsi couronne-t-Il les lettres de la Torah. Quand Moïse lui demande pourquoi, Il répond que c’est pour permettre leur interprétation par Rabi Akiba (notons que nous sommes là à rebours de l’intégrisme : plutôt que de nous asséner une parole définitive à apprendre par cœur sans la discuter, Achem nous invite à exercer notre intelligence pour discuter de ses intentions). Rabi Akiba, contemporain de Bar Korba, vivait vers l’ère 120 de notre ère, plus de 2000 ans après le don de la Torah ! On connait l’histoire racontée par notre tradition : Moïse demande qui est Rabi Akiba, Achem l’envoie dans sa salle de classe, Moïse ne comprend rien à ce qui est dit, mais à la fin le maître révèle qu’il s’agit là de l’enseignement de Moshé Rabenou. Moïse s’inquiète : pourquoi Achem lui a-t-Il donné la Torah plutôt qu’à Rabi Akiba ? Ce à quoi l’Éternel répond qu’Il a usé de son libre arbitre. Le libre arbitre, une notion clef de Behar soit dit en passant.

Mais pourquoi relier au Sinaï, en le précisant d’entrée, des lois qui datent d’après cette époque ? Pour les inscrire dans la tradition et leur donner l’autorité de la Révélation. Les orthodoxes diraient : parce que la Torah a été tout entière donnée au SinaÏ. En nous appuyant sur la science du judaïsme et l’étude de l’hébreu biblique, qui révèle que la Torah a été écrite à plusieurs époques, nous affirmons plutôt que c’est sans doute l’inspiration divine de ce texte élaboré au cours du temps qui autorise ce lien avec le Sinaï ;

LA CHMITA

Il s’agit là, avec le Yovel, année jubilaire, d’une loi agricole. Tous les 7 ans, c’est une année sabbatique pour la Terre, on ne la travaille pas (cessation serait le terme le plus juste)

Tous les 50 ans (7 fois 7 plus 1) , c’est le Yovel : on ne récolte ni ne vend le produit de la Terre.

On appelle cette année, le Shabbat shabatom, comme kippour.

Plusieurs idées :

  • il ne s’agit pas de jachère, mais de spiritualité. Ce que le shabbat fait à l’homme, la Chmita le fait au peuple : la cessation de la routine élève le peuple spirituellement.
  • Années sabbatiques et jubilaires nous rappellent que la Terre n’appartient pas à l’homme mais à Dieu.

Périodes de galout dont la dernière a duré 2000 ans : Achem dispose de la terre, promise et non pas donnée, comme il l’entend.   Car nous ne sommes pas KOULAM TSADIKIM, ce qui serait nécessaire pour avoir la Terre sans condition.  Du reste Achem dit « Haaretz acher ani noten ». Il emploi Ani et non Anokhi. Anokhi suppose une plus grande proximité avec son interlocuteur (le Dieu qui nous a délivré d’Egypte emploi toujours le terme anokhi pour se définir)

La Guémara précise : si les Bné Israël ne respectent pas les mitsvot de la CHMITA et du YOVEL, ils se retrouveront en Galout car le but de ces mitsvot est de prendre conscience que les biens terrestres sont passagers et éphémères.

La Terre appartient seulement à Achem :

Renvoyons à Behar 25.23 : « Nulle Terre ne sera aliénée irrévocablement car la terre est à moi, car vous n’êtes que des étrangers domiciliés chez moi » (traduction du rabbinat)

En réalité : HAARETZ KOL GUERIM VETOCHAVIM »

Guerim, c’est étranger et Tochavim résidents. Donc Achem dit : soyez des résidents, mais pas seulement, ne vous résumez pas à ceux. Laissez place à autre chose, c’est-à-dire aux autres et à votre Dieu. Il faut être en même temps résident et étranger sur sa Terre pour avoir une attitude spirituelle. Guer ne veut d’ailleurs pas tout à fait dire étranger. Par exemple on appellera un converti guer tsedek, or il est pleinement juif. Mais c’est un juif qui laisse place à Dieu.

Dans le même ordre d’idée, le verset 19 du Psaume 119nous dit :  GUER ANOKHI BAHARETZ AL TASETER MIMENI MITSVOTEIRA : je suis un étranger sur la Terre, donne-moi des commandements. Le Guer est ici un étranger en voie de naturalisation

LE YOVEL (du point de vue social) :

Moment où tous les esclaves sont libérés même s’ils n’ont pas accompli leur période de servitude de 7 ans. Le texte dit : DEROR BAHARETZ LEKHOL ICHBEIA YOVEL : liberté dans tous le pays pour tous ses habitants.

Il ne s’agit que d’esclaves hébreux. Cette discrimination choque mais elle n’est pas historique : les Hébreux n’étaient pas des conquérants réduisant les peuples voisins en esclavage, leurs esclaves sont donc tous leurs frères. Et c’était un esclavage sans rapport avec ce qui se passait chez les romains. Les esclaves, tombés en servitude pour des raisons économiques, étaient bien traités.  Ils devaient jouir des mêmes conditions que leurs maîtres, et s’il n’y avait à manger que pour un, c’était pour eux. Condition que résumait la formule ; « quand tu achètes un esclave tu acquiers un maître » L’esclave était une période de réinsertion. Au bout de 7 ans, l’esclave recouvrait la liberté (et s’il la refusait, on lui mettait un poinçon sur l’oreille pour rappeler que c’était son choix).

Pourquoi les Hébreux ne pouvaient-ils pas être des  esclaves des hommes ? Parc qu’ils étaient les esclaves de Achem.

Formulé ainsi, le Yovel semble une liberté bien relative.

On se souvient du reste que Achem dit à Pharaon non pas « Let’s my people go » comme dans les comédies musicales mais « Laisse partir les hébreux pour qu’ils me servent  »

Le Yovel est-il dès lors, comme la sortie d’Egypte, le passage d’une servitude à une autre ?

Non, parce que le joug des mitsvot se veut libérateur. Il suppose un choix, donc un libre-arbitre.

Rabbi Nahman de Bratzlav explique : pour que Achem nous donne, il faut que l’homme reçoive, donc qu’il ait le libre-arbitre de le faire. L’Homme est créé à l’image de Achem : notre libre arbitre est miroir de celui de création du monde).

C’est le sens de notre dépendance à Achem, qui est rappelé par la délivrance des dépendances humaines avec le Yovel : nous devons aller dans la direction à suivre mais de façon librement consentie.

Réception de la Torah est la vraie liberté (la loi est gravée, donc HAROUT, ce qui peut se lire aussi HEROUT, qui veut dire). Et cette Torah ouvre à la liberté humaine avec le Yovel.

C’est un signe : Behar se trouve lue durant l’l’OMER, entre Pessah et Chavout. Pessah représente la liberté politique, qui est une liberté encore incomplète car pas encore une liberté spirituelle. La vérité complète viendra au Behar Sinaï, et c’est elle qui par la Torah renouvellera les libertés humaines avec le Yovel. D’où importance d’avoir ajouté Behar Sinaï dans le premier verset de la parachah, précision qui en éclaire le sens.

Ce texte est encore actuel : notre yovel à nous consiste à lutter contre notre tendance à aliéner les autres dans nos vies quotidiennes par nos ressentiments, nos angoisses, nos craintes. Nous devons apprendre à nous en délivrer pour affranchir ceux que nous aimons de ce joug que nous leur faisons supporter. Notre liberté passe par celle des autres.

La Torah est un enseignement collectif qui est aussi une leçon individuelle pour chacun d’entre nous.