Paracha Vayéchev

La semaine dernière dans la paracha Vayichlah nous avons lu l’histoire de Dina. Seule fille de Jacob, dès l’arrivée et l’installation près de la ville de Chkhèm elle est kidnappée, violentée et violée. Puis son bourreau, amoureux d’elle, décide de demander sa main à sa famille. Après une ruse imaginée par les frères, ce sera l’occasion d’un massacre et de l’anéantissement total de la ville.
Cette semaine dans Vayéchev nous lisons l’histoire de Tamar. Mariée au premier fils de Yéhouda, qui décède, puis au second, qui meure aussi, cette jeune veuve sans enfant attend patiemment d’être mariée au troisième, comme le veut la coutume et la loi de l’époque. Face au refus de son beau-père, elle use d’un stratagème pour obtenir justice. Se faisant passer pour une prostituée, elle tombe enceinte de Yéhouda lui-même, qui face aux preuves ne peut que reconnaître son tort, la sortir –littéralement- du bûcher, et reconnaître ses enfants.
Qu’ont en commun ces deux femmes ? La première ne parle ni n’intervient, et son corps est l’objet et le sujet de la violence masculine. La seconde subit aussi une violence, mais moins physique que morale et sociale, puisqu’on la condamne au célibat et à la stérilité. A la passivité de l’une répond l’action de l’autre, qui utilise avec astuce son corps et sa connaissance des mœurs de l’époque pour faire valoir son droit.
Dina est la descendante directe des patriarches Abraham, Isaac et Jacob, et son nom évoque la mesure de justice dans ce qu’elle a de rigoureux et sévère (Din). Tamar est une cananéenne dont le nom évoque un fruit doux, savoureux et généreux (la date). Des deux femmes, celle qui sera l’ancêtre du roi David (et du Messie) n’est pas celle dont la lignée est « pure ». C’est celle qui aura su surmonter ses malheurs et ses handicaps par son intelligence et sa vivacité, et atteindre son but malgré tous les obstacles.
Une fois de plus, la Torah nous offre une variation du thème qui revient à chaque génération : le mérite ne s’attribue pas à la naissance, il s’acquiert par les actes.
Chabbat Chalom
Rabbin David Touboul