Paracha Vayikra

Le Talmud dans le traité Roch Hachana rapporte une polémique entre deux sages connus pour avoir des conceptions différentes : Rabbi Eliezer et Rabbi Yéhoshoua. Pour le premier, le monde fut créé en Tichri. A l’automne. Une époque austère de repli sur soi, où la nature se prépare à l’hiver et les juifs aux jours de jugement que sont Roch Hachana et Yom Kippour. Pour le second, le monde fut créé au mois de Nissan, et ainsi placé sous le signe du printemps, du renouveau, de la végétation florissante… et de la libération du peuple juif, avec la fête de Pessah.


Inutile de vous dire quelle conception l’a emportée. Par convention, les sages ont décidé de célébrer la création du monde en Tichri. Pourquoi ? Certainement pas par goût de la mélancolie. Mais pour signifier que le monde est soumis à des lois, des règles, des phénomènes naturels tangibles quantifiables et mesurables qui nous permettent de vivre.


Néanmoins, il semble que sur un point la conception de Rabbi Yehoshoua l’ait emportée : בניסן נגאלו בניסן עתידין ליגאל « c’est en Nissan que [nos ancêtres] furent délivrés, et c’est en Nissan que nous connaîtrons la délivrance finale ».


En ce début du mois de Nissan, dans une époque de crise et d’incertitude telle que nous vivons, il est important de se souvenir de ce message, qui évoque à la fois l’espoir et l’attente d’un appel qui peut retentir à tout moment. La tradition nous enseigne d’ailleurs qu’il faut faire le seder de Pessah habillé et chaussé, pour se tenir prêt, au cas où il faudrait partir précipitamment.


Dans un moment où, confinés dans nos foyers, submergés par les informations anxiogènes et coupés les uns des autres, nous nous demandons tous ce que nous pouvons ou devons faire, la Torah nous répond : « tenez-vous prêts ». Cette posture est la seule qui nous permettra de faire face dignement à ce qui arrive, et de relever les défis que nous réserve un monde dont certaines lois nous sont encore irrémédiablement mystérieuses.


Chabbat chalom et Hodech TovRabbin David Touboul