Parasha Chavouot

Dans la Torah, la fête de Chavouôt est appelée Hag habikourim (la fête des prémices), et possède essentiellement un caractère agricole. C’est à une tradition postbiblique que nous devons de célébrer et commémorer à Chavouot le don de la Torah sur le Mont Sinaï, acte fondateur du peuple juif en tant que partenaire d’une alliance avec Dieu.
Un évènement en deux actes : libération de l’esclavage en Égypte et don de la Torah sur le mont Sinaï.
Chavouôt est donc une fête à double facette : à la fois agricole et spirituelle.
De prime abord, ce lien peut paraître superficiel et sans rapport direct. Les historiens nous disent que les rabbins ont cherché à donner un caractère spirituel à cette fête après la destruction du second Temple (impossibilité de venir offrir les prémices) et la perte du lien direct entre le peuple juif et de sa terre due au long exil. Pour ne pas « oublier » cette fête il aurait fallu lui donner un nouveau sens, plus abstrait.
Cette explication est évidemment en partie vraie, mais seulement en partie. Car le lien entre agriculture et Torah est beaucoup plus fort que l’on croit.
Une certaine tradition résume l’importance du don de la Torah au respect des règles d’éthique économique symbolisée par les lois de l’année sabbatique et du jubilé : tous les sept ans la terre doit être laissée en friche, et les parcelles de terrain reviennent à leur propriétaire originel tous les cycles de sept fois sept ans, ce qui évoque évidemment le cycle de sept fois sept jours entre Pessah et le don de la Torah.
De même, ces lois agricoles s’accompagnent de nombreuses autres mesures sociales : après les mitsvot de prélèvement des impôts destinés aux Cohen et aux Lévy, il y a la règle des prélèvements destinés aux pauvres et à ceux qui n’ont pas de famille, les commandements de ne pas récolter une partie du champ (et donc de le laisser à ceux qui ne possèdent pas de terre) ainsi que celui d’autoriser qui le souhaite à « glaner » la récolte, c’est-à-dire à ramasser les épis tombés à terre.
Ces mitsvot sont directement liées à la fête de Chavouôt et représentent le sens et l’essence du projet divin : en Egypte, les bergers nomades ont été opprimés par des agriculteurs, qui considèrent leur lien à la terre comme un droit naturel, et qui ne leur ont donné aucune chance de s’intégrer, de vivre ensemble et de coexister paisiblement. Si Dieu a libéré nos ancêtres de l’oppression, c’est pour prouver à la face du monde qu’il est possible de réaliser un projet de société mixte : sédentaire et agricole tout en conservant les valeurs d’accueil et d’entraide des nomades.

 Hag sameah et Chabbat chalom!
Rabbin David Touboul